Piczo

Log in!
Stay Signed In
Do you want to access your site more quickly on this computer? Check this box, and your username and password will be remembered for two weeks. Click logout to turn this off.

Stay Safe
Do not check this box if you are using a public computer. You don't want anyone seeing your personal info or messing with your site.
Ok, I got it
Mes pages
Home Page
livre d'or
evenements et journees commemoratives
annonces et communiqués
OBJECTIF DU SITE
retrouvailles du 12 mars 2009
Retrouvailles du 22 Mai
Retrouvailles du 28 fEVRIER 2008
Lycee Amara Rachid
Tableau de commentaires
photos du personnel enseignant et administratif
photos de classe du Lycee
souvenirs de rencontres entre medersiens
photos de classe toutes promotions confondues
Panegyrique du lycee franco musulman de Benaknoun
Bou Saada Nostalgies et cultures
Ecole du Plateau Bou-Saada
BouSaada la légendaire
Bou-Saada evenements artistiques et culturels
photos de groupes de camarades
reunion du 26 juin 2009
reunion du 30 juillet 2009
blog des medersiens
Lettre du defunt SEKFALI
BURN IT!
Bou-Saâda la légendaire
Bou-Saada * Histoire et pourtours *
par Farouk   Zahi
Bou Saâda loin d’être une simple carte postale du désert
Une médina anciennement appelée cité du bonheur
Dans son étude d’anthropologie sociale « Cultures oasiennes », Youssef Nacib fait remonter sa création aux Gétules, peuplades berbères de l’antique Numidie. Quand bien même, romaine ou hilalienne peu importe, elle est là, traversant le temps ; les deux derniers siècles l’ont marquée de profonds stigmates.




Après son abdication en novembre 1849 quelques jours avant la chute des Zaatcha, l’ère coloniale l’a exotisée tant il est vrai qu’elle jouit d’un site où le pittoresque s’allie à la beauté du relief : dunes, eaux vives de l’oued, jardins et palmeraie. Sous l’emprise des monts Kerdada et Azzedine des contreforts du massif saharien, elle s’est développée dans cet éco-système oasien, que rares sont les lieux qui s’en prévalent, c’est Bou-Saâda la fauve. Cécil Blount de Mille, le cinéaste biblique de Hollywood, y a tourné en 1949 quelques extérieurs de Samson et Dalila ; il en aurait dit d’ailleurs : « Cette région est un véritable studio à ciel ouvert... sans sunlight. »

Et bien plus tard, cinéastes étrangers et nationaux profitèrent de ce cadre pour immortaliser leurs œuvres cinématographiques. Ces atouts et ses atours en firent la première halte de tout éthnographe ou voyageur en mal de dépaysement. Ce tableau manquerait de piquant sans les danseuses « Ouled-Naïl » ; image d’Epinal consacrée, par une pernicieuse volonté réductrice. Les tenants d’un colonialisme d’acculturation globale, sans recours, en avaient décidé ainsi. Sinon, comment expliquer l’occupation violente d’espaces arides ? La convoitise de terres fertiles ne peut même pas, dans ce cas, être invoquée. La conquête armée poussait à l’errance des milliers de personnes, spoliées de leurs parcours et de leurs cheptels. Les bâtisseurs de l’Ordre messianique organisaient la ville autour du bastion fortifié du nom du sinistre Cavaignac. Ce triste sire prête toujours son nom à une importante rue de la capitale.

Le nouveau quartier s’appellera désormais Le Plateau de la discipline, par opposition au vieux bâti de la médina. Datant du XVIe siècle selon certaines sources, cette dernière fut construite autour de Djamaâ-Ennakhla ou mosquée de Sidi Thameur, saint-patron de la cité. La fortification située sur la butte dominant le Ksar veillera pendant longtemps à la quiètude des lieux. L’immense horloge incrustée à son faîte a égrené le temps durant le temps qu’aura duré sa colonisation. La révolte de Benchabira, n’est pas complètement étouffée, elle prêtait main forte à Bouziane des Zaâtcha. Les Ouled Ameur, alliés d’El Mokrani ont été difficilement réduits. Le fameux Beauprêtre blessé a failli y laisser sa vie, El-Bayadh l’a rattrapé.

Pour mieux faire avaler la pilule aux notables, dans un souci feint de préserver l’honneur des familles des appetits sexuels de la soldatesque, on crée Tabeg El Kelb (péjoration populaire). Il s’agissait, comble du cynisme, du premier lieu de débauche. Malheur au vaincu ! Le choix du lieu n’est pas innocent ; à la jonction des fractions des Ouled H’Meida et des Chorfa, cette aire abrite plusieurs sanctuaires maraboutiques. Le choix du lieu participait d’une volonté délibérée de profaner le culte. Il désacralise par l’humiliation les repères cultuels de cette population déjà dominée par le salpêtre du canon. Cette communauté, fière et rebelle, fait prévaloir un rigorisme religieux à même de la protéger de la violence coloniale. La zaouia d’El Hamel et la bourgade d’Eddis des Ouled Brahim, satellites de la cité, constitueront pendant longtemps des citadelles du savoir aussi bien spirituel que temporel. Lalla Zeineb des Chorfa aura la lourde charge de diriger la zaouia à la mort de son vénérable père, le Cheikh Mohammed ben Belkacem de la Tarika Rahmania.

De grandes personnalités politiques et autres telles que Isabelle Eberhardt retiendront l’image d’une femme à la fois ascétique et déterminée à diriger sa communauté comme l’a si bien fait son défunt père. Minée par la maladie, elle mourut relativement jeune et célibataire. L’Emir EI Hachemi qui revenu volontairement au pays après son exil syrien, n’a-t-il pas choisi la cité pour y vivre et plus tard y être enterré ? Sur recommandation de son illustre père, les frères Bisker l’ont accueilli et installé dans la maison du chérif hassanite Azzedine ben Laïfa, vieille famille du quartier. Charles de Gallant rapporte dans son « Excursion à Bou-Saada et M’Sila - mars 1889 » cette recommandation de l’Emir Abdelkader à son fils : « Si tu dois retourner au cher pays natal, je te conseille de te diriger sur Bou-Saâda où je conserve encore de fidèles amis, parmi les Chérif et les Bisker. » En effet, les deux frères Hadj Mohammed et Hadj M’hamed, fils de Kouider ben Bisker, qui se rendaient à Damas, passaient plus d’un mois auprès de L’Emir lors de leur pèlerinage à la Mecque et à Jérusalem.

Celui-ci les traita en hôtes de marque en raison de l’aide que lui avait fournie leur père Kouider dans son combat contre l’envahisseur. La famille princière était composée de deux adolescents, Khaled et Mustapha, une jeune fille Amina, leur mère Lalla Aïcha, leur grand-mère maternelle Lalla EI-Fassia et l’Emir EI-Hachemi. C’est probablement à cette époque que Salah Chouikh, dit Ghandi, faisait la connaissance de l’Emir Khaled, initiateur de la création de l’Etoile Nord Africaine. (E.N.A). A sa création, le 2 juillet 1926, Salah Ghandi faisait partie du bureau exécutif de ce parti politique historique(1).

L’Emir El Hachemi qui s’éteignit le 16 avril 1902 était inhumé dans cette terre généreuse, à quelques mètres à peine de la demeure où il marqua de son empreinte sa courte présence. Il est l’une des gloires de ce fief qui a résisté aux troupes du colonel Pein, appelé de Constantine à la rescousse pour l’assaut final lors de l’abdication de la résistance après le dépôt macabre d’un monticule de têtes décapitées sur la place centrale. La résistance continuait à sourdre par l’éducation religieuse et le repli sur la mosquée. La cité comptait une quinzaine de mosquées à l’indépendance. Le maintien de l’accoutrement, le burnous en était le symbole, les usages, la langue qui conserva sa pureté jusqu’à nos jours et la manufacture domestique (tissage-tannerie et forge, le couteau bou-saâdi, en est sont des vestiges), constituèrent les remparts à la dépersonnalisation culturelle. L’opposition à l’occupation armée s’organisait autour de l’école coranique qui se muait en médersa. La flamme se raviva avec l’avènement de l’Etoile-Nord-Africaine, le PPA, le MTLD, l’UDMA, le PCA et enfin le FLN.

La cité du bonheur prit sa revanche en islamisant les non moins célèbres peintres parisien, Alphonse Etienne Dinet et flamand, Edouard Verschaffelt. Elle s’énorgueillit d’avoir enfanté deux figures de l’érudition religieuse : Cheikh Belkacem EI-Hafnaoui et Mohamed Abderrahmane Eddissi, condisciples d’EI-Kettani et aînés de Abderrahmane Djillali. Les Bisker, les Abdelatif, les Chérif, EI Bouti, Benaziez, Kirèche, Bayoud, Laraf, issus du 2e collège pourtant, enseignèrent dans la langue de Molière. Madani Chérif fut le premier normalien indigène ; il enseignait le français, en 1882 à Tizi Ouzou, il était suivi par les Benchenouf, Chemissa et autres. Les frères Benselama, médecin et pharmacien, les frères Bensalem, médecin et chirurgien-dentiste, arrachèrent de haute lutte leur diplôme d’une faculté de médecine coloniale, pas très ouverte à l’indigénat.

La dernière de ces grandes figures, disparue en février 2005, fut sans nul doute Abdelkader Benraâd, digne produit de cette lignée. Médersien des années cinquante, il fut le promoteur de la plus grande colonie de lycéens et lycéennes bou-saâdis du lycée franco-musulman de Ben-Aknoun et de jeunes filles de Kouba. Bilingue avéré, il fut le principal initiateur de la formation d’enseignants au lendemain du recouvrement de la souveraineté nationale. D’autres comme les Lomri dirent le droit, parmi eux l’une des premières magistrates du pays. Ahmed ben Djeddou faisait partie des premiers enseignants de l’université d’Alger. Abdelkader Hamida, militant de l’Union Démocratique du Manifeste Algérien, jeté ligoté du haut d’un hélicoptère,Thameur ben Chenouf dit Kamel, cadre émérite de la fédération FLN de France, Mokhtar Abdelatif, compagnon de Taleb Abderrahmane sont parmi ceux et celles qui ont été élevés dans le giron de Slimane ben Rabéa et Sidi-Thameur, co-fondateurs de la médina.

Ses filles ne sont pas en reste ; Boutaïba, la première femme pilote d’hélicoptère, Bisker, membre fondatrice de l’UGEMA et officier de l’ALN plus tard et Bouziane et d’autres, sont le produit de cette société qui a su pratiquer un Islam tolérant et universaliste. Hadj Zerrouk Lograda, réformiste, créait la première medersa mixte dans les années quarante, au quartier des Ouled-H’Meida. Benmabkhout fut dans les années trente du siècle dernier, le premier journaliste francophone de Radio Baghdad, A.Bisker signait d’un couteau ses articles dans « El Bassair ».Résistants et intellectuels à la fois, ils ont couvé la braise qui raviva un des foyers du 1 novembre 1954. Le défunt Abdelkader Dalaoui, jeune militant de la cause nationale de l’époque,se rappellait de ces hommes qui ont devancé les événements en faisant recruter pour le maquis de Lakhdaria (ex palestro) de jeunes volontaires.

Smail Bouchelalègue et Ali Benaissa n’en sont jamais revenus. Quant au recruteurs, il s’agissait de Abdelkader Amrane , mort en novembre 2006 et le défunt Badredine Mohamed, coiffeur de son état, pendu à Haouch-Ennaas par les hordes bellounistes. Lors d’une émission télévisée sur l’Histoire de la révolution armée, l’ex.commandant de la wilaya 6, Amor Sakhri disait à l’ex colonel Ouamrane ceci : « ... Bou-Saâda est allée à la révolution, bien avant que la révolution ne vienne à elle ... ». Il faisait allusion à l’armement qui partait des Souamaa et des H’Malat à partir de Maadher Bou-Saada. Ces deux tribus naguère bellicistes, étaient fortement armées avant le déclenchement de la guerre de libération ielles détenaient des mousquetons et Statti, reliques de la 2è Guerre Mondiale.

L’éveil nationaliste déclenché par le pogrom de 1945, permit aux Ouléma d’inscrire la ville parmi ses places fortes. Une souscription fut lancée auprès de la population, pour la réalisation d’une médersa qui, au lendemain du recouvrement de la souveraineté nationale, devenait l’un des premiers instituts islamiques. Cette institution formera de nombreux cadres, dont certains ont occupé de hautes fonctions de l’Etat. Le défunt Mohamed Boudiaf cet enfant adoptif de la cité, qui a séjourné chez sa famille maternelle Labadi a suivi ses études complèmentaires, au collège jouxtant l’école Lucien Chalon, présentement Sidi-Thameur. Son patriotisme reconnu n’a pu se nourrir qu’auprès d’une communauté brimée par le caid, le gendarme et le garde champêtre. Le défunt Kaddour Benaissa, coureur cycliste et militant du P.P.A, Ali Abdelkrim cadre fondateur des SMA, Aissa Bayoud militant du PCA furent de ses compagnons de route.Ces deux derniers sont toujours parmi, que Dieu leur prête vie encore.

En Janvier 1956, la première bombe explosait à Tabek El kelb, réponse tardive mais réponse tout de même, à l’affront subi un siècle durant. Achour Ziane vieux militant du P.P.A premier responsable zonal, créait son premier maquis le 02 décembre 1955 et faisait la jonction avec Hocine ben Abdelbaki de la zone des Aurès, dans la tribu des H’Ouamed. A la création des wilayas historiques par le congrès de la Soummam, la 3è mintaqa devient le P.C de la wilaya 6 dirigée par Si-EI-Haouès et à sa disparition par Mohamed Chabani. Cette région a, contre tout préjugé, était au centre du combat. La place militaire tenue par un général de l’armée d’occupation, ne comptait pas moins de 14 casernements, toutes armes confondues.

L’aviation, arme redoutable et meurtrière était basée à 10 kms à Eddis en plus d’une base d’hélicoptère à M’cif au pied de l’expugnable mont de M’Harga. Si Amirouche et Si-EI-Haouès dont tout le monde, leur reconnaît l’intelligence, ne se seraient pas aventuré, sur un terrain où il y risqueraient leur vie et celle de leurs compagnons. Grâce au sacrifice de ces deux grandes figures, « Djebeil Thameur » est ce haut lieu que retiendra l’Histoire de la révolution armée. M’hamed Boutchicha( disparu recemment) rescapé de la bataille livrée le 28 mars 1959, se souvenait nettement du déroulement de la bataille inégale. Lograda Belgacem, l’Indochinois, « ouvrait le bal » à Goueygaâ, en compagnie de Amor Driss et Slimane Lakhal dit l’Ouahrani. Ce dernier quitta sa caserne des spahis, avec armes et bagages en 1956. Ahmed Zahi, à la fleur de l’âge, inaugurait en octobre 1961, cinq mois avant le cessez-le-feu, la première bombe humaine en se faisant exploser par une grenade défensive, emportant avec lui des harkis.

Mohamed Labadi, fonctionnaire communal, transporteur d’armes pour le maquis, utilisait un officier de l’armée française comme sauf conduit, en le prenant à son bord. Amar Benaissa, emporté par la maladie en ce mois d’aout 2005, est ce condamné à mort qui se jeta d’une jeep, échappant ainsi à ses bourreaux parachutistes. Si Larbi Baza est cet ancien militant, qui assumait son engagement lors de la grève des huit jours et refusait l’ouverture de son magasin, en dépit des menaces des militaires coloniaux. Il inaugurerait, d’ailleurs la longue liste de détenus.

L’enfant Chebichèbe, de Larouiya des Ouled Slimane, fut brûlé vif sur une touffe d’alfa, pour avoir refusé de dénoncer des résistants, dissimulés pas très loin du lieu de la crémation. S’il avait été documenté, ce frêle corps carbonisé aurait été présenté au parlement français, lors des débats sur la loi de février 2005, sublimant le colonialisme en Afrique du Nord i malheureusement la mélodie se jouait en sous-sol.

La région de Bou-Saada, mintaka 3 et P.C de la wilaya 6 de l’A.L.N, a supporté les principales batailles, qu’a eu à mener cette dernière contre les forces coloniales. Les maquis de Djebel-Messaâd, Meharga, Zaâfrania, Mimouna, Grine-Kebch, Zerga et Goueygaâ témoignent encore de l’âpreté des batailles, dont certaines durèrent des semaines. Le décrochage sur un terrain semi-aride, était des plus aléatoires. Sollicitée par l’Histoire une fois encore, la cité abritait l’été 1962 l’Etat Major de l’ALN et le futur président Ben Bella. Le capitaine Zerguini relatait dans un rapport que la réunion qui s’est tenue à l’hôtel « Le Caid », regroupait outre Ben-Bella et H.Boumédiène, M.Chabani commandant de la Wilaya 6, le colonel Othmane commandant de la wilaya 5, le colonel T.Zbiri commandant de la wilaya 1 . C’est le 27 août 1962 que la marche sur Alger fût décidée et que l’A.L.N prenait, à partir de ce jour, le nom d’Armée Nationale populaire (A.N.P.). En 1964, le colonel Chabani organisait sa sédition dans cette même ville, comptant probablement sur les nombreux compagnons de route, qu’il avait laissés derrière lui.

Cité séculaire à rayonnement culturel et cultuel , elle interpelle les consciences à l’effet, de la soutirer de la déshérence dans laquelle, elle a été durablement confinée. Si Hérodote disait que l’Egypte est un don du Nil, Y.Nacib dit quant à lui, que Bou-Saâda est un don de l’oued. Cet oued, vaisseau nourricier de la cité se meurt, sous les miasmes de rejets putrides. Le tissu urbain médiéval subit l’injure du temps. Son gommage inéxorable par la propre descendance, de ceux-là mêmes, qui ont su le sauver de la « mission civilisatrice » du colonialisme, ne peut relever que du parricide culturel. Son site fédérateur entre le Nord et le Sud, l’inscrit naturellement dans toute dynamique de développement spécifique. Elle devra se rapproprier le rang non usurpé, qui est le sien, depuis fort longtemps. La sentence populaire ne disait-elle pas : « La lettre de Fès est lue à Bou-Saâda ! » ?

Notes de renvoi :

1/ Ali Mahsas - Le mouvement révolutionnaire en Algérie- p.54
2/ M.Harbi et G.Meynier - F.L.N -documents et histoire-

Par Farouk Zahi
Bou-Saâda et son pourtour géographique.
                                                            par farouk   Zahi



                                  Localisation géographique  

Coordonnées spatiales : 4° 11’ longitude est et 35 ° 13’ latitude nord
      Distance d’Alger : 250 km par les gorges de Lakhdaria- 137 km par   les     monts de Tablat
    Position   :   Sud sud-est
    Situation :   entre le djebel Kerdada au sud et le R’mel au nord dans une     vallée dessinée par l’oued.

Le Hodna, est une plaine des Hauts-Plateaux centrée par une dépression alluvionnaire subdivisée en quatre zone : la montagne( les monts des Maadhid, des Ouled-Nail, le Selat du massif saharien) la plaine, le Chott et le R’mel. La plaine est ouverte à l’est, sur les hautes plaines constantinoises et à l’ouest sur le Tell algérois. Bou-Saâda au sud-ouest fait partie de cet ensemble géo-social.
Les traits du climat local sont : lumière, transparence de l’air, ciel bleu, chaleur hiver froid. Pluies rares mais régulières et neige parfois sur les monts.

                          Le site préhistorique

Si Hérodote a pu écrire que « l’Egypte est un don du Nil », Y.Nacib le paraphrasant dans une étude sociologique, écrit, que Bou-saâda est un don de sa rivière.
Des vestiges culturels des plus anciens, sont localisés sur les bords de l’oued. En amont de la cité, les chercheurs du Crape ont exhumé de nombreux outils préhistoriques sur la rive droite à 50 et 100 mètres de la rive, entre Bou-Saâda et El-Hamel. Un autre site en aval, est signalé à Roumana à l’est de la ville.
Il est identifié 4 gisements, le « Zaccar », le «Es- Sayar », « El-Onçor » et le « DDC ». Les couches archéologiques contenant les outils lithiques, sont à une profondeur allant de 0,50 à 1,60 m de profondeur. Ce détail est important, il explique pourquoi de nombreux Bou-Saâdi détiennent, des collections d’outils préhistoriques. Abdelkader ben Chabira, petit fils du grand résistant Ben-Chabira, possède une belle collection d’éclats.

                            Le site pré-romain

Les vestiges berbères pré-romains sont beaucoup plus nombreux, que les vestiges proprement romains. Les premiers présentent la souplesse et l’adaptation à la typologie du terrain, les seconds, la rigidité martiale des centurions.
C’est probablement ce trait urbanistique, qui fit penser que le « billard » du mont Selat (1600 m) fut habité par les Berbères. Les premières incursions romaines, notamment celles de la cavalerie, ont du contraindre les Gétules à se réfugier sur le piton montagneux du billard. Le promontoire barré, que Shaw évoquait au 18 é siècle, « chaîne de rochers escarpés que les Turcs appelaient Hadjar Titerie…Les nombreux vestiges d’habitations successivement occupées, par les Berbères, les Romains, les Hilaliens, les Ottomans….témoignent d’une habitation antique des lieux.
Les flancs furent habités avant les romains. Les traces de demeures en cercle, évoquent le tombeau berbère de Cléopatre Sélénée dit tombeau de la chrétienne.

              Vestiges romains à l’est de Bou-saâda

-Site1 :El Arais localisation : route de BenS’rour-Oued Chair .Caractères :Série de pierres gravées zoomorphes
-Site2 : Es-Sakhra Localsation : Oued Chair (Ain Bel Miloud) caractères : Vaste ensemble de pierres gravées.superficie : 3 à 6 ha
-Site3 :El-Gahra   localisation : A Oued Chair à 2 kms Caractères : Site archéologique sur 08 ha vestiges romains (Boumellal)
-Site4 : ElKherba localisation : vers Boumellal (Sidi Lembarek) caracteres : fragments d’ustensiles de terre cuite et tombeaux berbères
-Site 5 : vestiges romains localisation : (Sidi Lembarek)
-Site 6 : Ain Soultoune .Localisation : Ben S’rour à C.V n°3 bordure Oued El-Mellah-Zerzour .Caractères : restes d’un fort vestiges romains

Source:   Cultures Oasiennes de Youcef Nacib. Bou-saâda-essai d’histoire sociale.

                                    Le site   médiéval

Lieu habité depuis les temps immémoriaux, point de rencontre entre les routes du nord, du nord ouest, de l’ouest et le sud, le site de Bou-Saâda se serait constitué en agglomération, pour offrir une halte au commerce caravanier. Lieu de ravitaillement des hommes et de leurs montures en nourriture et eau, Bou-Saâda se serait édifiée sur la richesse des autres régions : Dattes du Zab, graines du Tell, laine des Hauts- Plateaux et produits artisanaux de l’Algérois et du Constantinois, de Tlemcen et de Ghardaïa.
Ainsi adossée au mont Kerdada et protégée à l’ouest par les monts des Ouled-Nail et le Selat, la cité, se serait agréablement laissée croître dans la sécurité de son site et la prospérité de ses affaires…avec bonheur (Saâda), d’où elle tire son toponyme.
La Reconquista espagnole (1492) qui bouta de Grenade, les derniers musulmans d’Andalousie, ouvrit la voie à un nouvel exode d’ouest en est, à l’inverse de la conquête arabe. Deux hommes de Foi, décidèrent de s’établir dans cet endroit à l’effet d’adoucir, par la parole divine, les mœurs d’origine hilalienne de bédouins rustres et belliqueux. Il s’agit de Sidi-Slimane et de Sidi-Thameur co-fondateur de la cité du bonheur. On fait remonter sa fondation au 16è siècle.
Elle abdiqua sous les coups de boutoir de l’armée d’Afrique le 25 novembre 1849, après une farouche résistance. Des renforts venus de Constantine, de M’sila et de Médèa, sous la conduite du colonel Pein, n’en vinrent à bout, que grâce à l’artillerie lourde. Sa farouche résistance, la voua aux pires exactions.

                        La cité arabo-musulmane

Créée autour de la mosquée de Sidi-Thameur, (Djamaâ Ennakhla), la médina s’est développée au gré de la descendance du saint homme. Cinq fractions se partagèrent le tissu urbain : les Ouled-Hamida, les Ouled-Attig, les Zoghom, les Ouleds Harkat et les Mouamine.
A l’instar des vielles médinas, elle se caractérisait par l’économie du terrain d’assiette du bâti, au profit des terres cultivables. La densification du bâti sacrifiait les espaces communs, pour des raisons évidentes de sécurité. Les venelles étroites, sinueuses et ombragées, menant souvent à des culs-de-sac, prémunissaient ainsi les habitants, des agressions de l’homme et du climat. De forme pyramidale, le ksar offrait à son faîte, un mirador pour le guet. Le bois était fourni par les troncs de vieux palmiers, la chaux fabriquée par les nombreux fours artisanaux, mélangée au sable fin de l’oued, offrait un excellent mortier. La ferronnerie et la forge fournissaient, la serrurerie des bâtisses, le harnachement et le fer aux chevaux. Le couteau bou-saâdi est l’un des vestiges, de l’art industrieux de la forge.
Chaque quartier disposait d’une place publique, servant aux regroupements et aux échanges commerciaux. On y trouvait, l’écurie, le fondouk et la fontaine publique. Le centre nodal des quartiers ou harate était la mosquée. La djemaâ ou assemblée des sages, gérait la chose commune.
Les jardins luxuriants et la palmeraie, pourvoyaient à la subsistance des hommes et du bétail. La périphérie de la cité servait au pacage du cheptel, d’où l’on tirait du lait et ses succédanés (beurre rance et lait desséché) et de la laine, poils de chèvre ou de chameau. La tannerie fournissait la matière à la sacherie, sellerie et la cordonnerie.

Le métier à tisser, entre les mains des femmes, est l’instrument ingénieux du génie de l’homme, qu’il a développé pour se vêtir et se couvrir. Son montage et sa manipulation ne peuvent participer que d’esprits, intellectuellement évolués.
Le burnous, attribut steppique était l’apparat des hommes, lors de la saison froide ou des cérémonies. La cavalcade nuptiale ou cérémoniale, était l’un des traits saillants de ses fougueux cavaliers. Le fusil et le sabre, en étaient les atours.
Peu spoliée par des vocables étrangers, la langue usuelle a conservé son purisme hilalien. La geste hilalienne, orale par essence, a trouvé un riche réceptacle. Elle survit encore parmi les vieilles personnes et quelques enclaves bédouines. Le billard de Salet, porte le nom du célèbre Dhiab El Hilali de la saga de Dhiab et de Djazia. Cette épopée romantique, se rapprocherait de celle de Annaba et de Mascara.
Le quartier colonial qui s’est développé au niveau du plateau de la discipline, connotation militaire s’il en était   besoin, rappelait le pays des « Roums » par la rectitude de ses rues, l’asphalte de la chaussée et ses façades uniformes. Au sentiment de dépossession, s’ajoutait la brimade. Celle-ci était rappelée, par le tribunal, le commissariat et la gendarmerie. L’arabe ne disposait que du bureau arabe ou bureau des affaires indigènes. L’expropriation terrienne ne suffisant pas, on y ajoutait la dépossession culturelle. Les hôtels coloniaux, rappelaient étrangement, ces bathyscaphes habités, d’où l’on pouvait admirer la faune marine. Dans cette contrée présaharienne, la faune bipède, était indigène et objet de curiosité de découvreurs éblouis par un siècle dit des lumières.
SaEl Watan :

Edition du 21 mai 2008

Histoire



Un bout d’histoire sur la résistance oasienne

Par Farouk ZAHI


Sous l’égide de l’association Machaâl Chahid, l’Institut des techniques hôtelières de Bou Saâda a été, pendant la journée du 15 mai, le théâtre de joutes historiennes animées par des universitaires et des moudjahidine de la Wilaya VI historique.

Rehaussé par la présence de deux grandes figures du mouvement national, en l’occurrence Ahmed Mahsas et Arezki Basta, le premier colloque national sur la résistance à l’occupation coloniale de Bou Saâda et de sa région se voulait être le premier jalon d’une prospection historienne à l’effet d’apporter des éclairages à des pans entiers de l’histoire contemporaine du pays, en général et de la région, en particulier. De part sa position centrale, cette zone a constitué l’axe stratégique sur lequel l’Armée d’Afrique a buté au cours de ces multiples campagnes. Le maréchal de Bourmont ne disait-il pas à son ministre de la Guerre que le pays des Barbaresques sera conquis en 15 jours. Il aura fallu près d’un siècle pour que ses colonnes motorisées atteignent Tindouf et Tamanrasset. La bataille de Tit, au pied du Hoggar, n’a pu avoir lieu qu’en 1905. Qui mieux que le professeur d’histoire, Aïssa Djanit, proviseur du lycée qui porte le nom du Chérif Mohamed Ben Ali Ben Chabira, chef maraboutique, de Bou Saâda parlait de ce résistant dont la révolte ne fut réduite qu’en novembre 1849 ? Il faisait la jonction avec Mohamed Bouziane des Zaâtcha qui tombait à son tour sous le feu des canons en dépit de sa farouche résistance. Le feu de la résistance oasienne, qui s’inscrivait ainsi en lettres d’or sur le fronton de l’histoire, ne fut temporairement éteint qu’après la révolte de cheikh Amoud au Tassili N’Ajjer, dans le Hoggar, et au Tidikelt à l’orée du XXe siècle. Le 1er Novembre 1954 ne fit que raviver la flamme. La révolte du Chérif Mohamed Ben Ali Benchabira d’apparence localisée faisait partie d’un ensemble intitulé par l’armée coloniale d’insurrection des Zaâtcha. Prise en étau entre les cercles militaires de Bou Saâda, Biskra, Médéa et de Batna, elle ne fut réduite qu’après le monstrueux génocide de femmes, d’enfants et de personnes âgées. La force d’occupation ne s’arrêtait pas en si bon chemin, elle affamait les populations par le séquestre des biens, bien après leur reddition, elle ne se cachait pas de la volonté de spolier. Le maréchal Pélissier, duc de Malakoff et gouverneur général, rendu célèbre par les enfumades du Dahra, rendait un arrêt de séquestre daté du 13 novembre 1861. Le baron, Aucapitaine Salvador, dans Notice sur Bou Saâda (province de Constantine) Revue Africaine vol 6-18626 rapporte ce qui suit : « En 1845, une autre colonne, composée de cavalerie et ayant pour chef le général d’Arbouville, visita Bou Saâda. » Depuis ce moment, les expéditions qui battaient le Sud, à la poursuite de l’Emir ou de ses lieutenants, passaient par M’sila et Bou Saâda. En 1849, un marabout très influent, Mohammed Ben Ali Ben Chabira, réunissait souvent les Khouan de Bou Saâda dans une mosquée qu’il avait fait construire et y prêcha le djihad ou la guerre sainte. La puissante tribu des Ouled Naïl y comptait de nombreux adeptes et, lorsque Ben Chabira se joignit au fameux Bouziane, il entraîna plusieurs fractions à la révolte. C’était en 1849 : « Nos troupes se rendaient à Zaâtcha ; le général Charon, alors gouverneur général, résolut d’occuper Bou Saâda et de fonder un établissement sur ce point, intermédiaire important entre Biskra et EI Arouat. Le colonel de Barral y laissa une garnison de 150 hommes, affaiblis par les marches et commandés par le sous-lieutenant Lapeire. A peine le gros de la colonne fut-il parti, que la petite troupe française se trouva obligée de se réfugier dans la grande mosquée, et la ville se divisa en deux parties, dont une accepta notre domination. La djemaâ se réunit, et, à la suite d’une discussion fort animée, on prit les armes. Les Ouled Naïl accoururent sous les murs de la ville, et les Achache, les Ouled Si Harkat commencèrent le feu par la porte qui va de chez ces derniers au quartier des Mohamin. La garnison se trouva obligée de se défendre. La nouvelle de cette insurrection ne tarda pas à arriver à Bordj Bou Arréridj, poste important de la Medjana. Le capitaine Pein, qui commandait le fort, réunit précipitamment une cinquantaine de fantassins disponibles et se dirigea sur M’sila pour gagner en toute hâte Bou Saâda. C’était une tâche difficile et périlleuse, car on disait les Ouled Mahdi en pleine révolte. Il fallut au capitaine Pein une rare énergie pour surmonter les difficultés et triompher de l’hostile mauvais vouloir des indigènes ; il parvint cependant à rassembler quelques cavaliers et, laissant l’infanterie derrière, il prit, au galop, la route de Bou Saâda. La petite troupe contourna la ville et, malgré une vive fusillade, pénétra par Bab El Dzaïr. La garnison française occupait toujours la mosquée et fut renforcée, pendant la nuit, par l’arrivée du petit détachement de Bordj Bou Arréridj. Deux jours après, le khalife de la Medjana, Sid EI Mokrani, arrivait avec un nombreux contingent et le capitaine Pein put prendre l’offensive. A quelques jours de là, survint la colonne commandée par le colonel Canrobert depuis et avant Aïn Akherman, sa marche n’avait été qu’un lugubre convoi ; le choléra sévissait parmi ses soldats, obligés de repousser l’ennemi pour ensevelir leurs camarades. C’est là, qu’à un moment, harcelé par des forces considérables et voyant tomber les siens, le colonel Canrobert, dont le nom était déjà populaire dans l’armée d’Afrique, s’avança vers les Arabes, et leur montrant les cadavres, leur dit : « Fuyez, j’apporte la peste avec moi ! » Les tribus, épouvantées par ce désastre, se retirèrent. M. Canrobert continua sa marche vers Zaâtcha, sur la brèche de laquelle il devait s’illustrer, lorsque le 11 novembre, le colonel Daumas arriva devant Bou Saâda avec des troupes de cavalerie, lui aussi avait eu sa colonne rudement éprouvée par le fléau. A son apparition devant la ville, les bruits les plus sinistres circulaient parmi les populations arabes. De la Tunisie au Maroc, on parlait de nos prétendus échecs devant les Zaâtcha et des succès de Bouziane ; la situation pouvait se compliquer d’un moment à l’autre. Le colonel Daumas, dont les troupes étaient décimées, jugea qu’il fallait en finir. Le 14 novembre, il reçut la soumission solennelle des habitants de Bou Saâda, imposant à la ville une amende de 8000 FR(1), payable sous trois jours, outre des objets locaux de valeur : burnous, haïks, tapis, etc. Après de rudes épreuves, Zaâtcha tomba devant le courage persévérant de nos soldats. Bou Saâda était soumise ; on s’occupa sérieusement de l’occupation. Le mouvement réformiste de l’école badisienne ne fut pas en reste. L’association des Oulémas inscrivait la cité parmi ses places fortes, le défunt Abdelkader Bisker utilisait sa plume en guise d’arme effilée. Le mouvement national constitué de toutes les tendances partisanes, PPA, MTLD, UDMA et PCA regroupés plus tard sous la bannière du FLN a eu de nombreux militants et on ne sait par quel hasard, les plus actifs d’entre eux se prénommaient tous Abdelkader, de Bisker à Hamida, de Zelouf à Delaoui, de Amrane à Okka. Au déclenchement de la révolution de Novembre 1954, la population était fin prête, selon le commandant Omar Sakhri, membre du commandement de la Wilaya VI ancienne Zone 3 de la Wilaya i. L’opinion locale était préparée à l’insurrection de par l’incessante activité de ses militants et militantes. Les chefs locaux de la révolution ont choisi le mont de Zaâfrania dans le djebel Messaâd pour élire domicile et ce, jusqu’au recouvrement de l’indépendance. Ce lieu historique a été le théâtre de 12 batailles menées contre les armes les plus redoutables de l’arsenal colonial, dont l’aviation de combat. Il dira que Abdeldjebbar Ben Madani, que Dieu lui prête vie, a eu à mener avec onze de ses hommes un combat inégal contre une escadrille d’avions. Il n’a été déploré que la perte d’une victime civile. En hommage à ce haut lieu de la lutte armée, le défunt président Boudiaf s’apprêtait à commémorer le 30e anniversaire de l’Indépendance près de ce bastion inexpugnable. Les jeunes de la région ont participé ici et ailleurs à cette lutte sans merci menée contre l’oppresseur ; de Badèche, qui fut derrière la liquidation physique d’Amédée Froggée, selon Ahmed Basta et qui fut parmi les premiers guillotinés de Serkadji, à Mokhtar Abdelatif, Lamouri Fakani, Baghdad Guéouièche. Les filles de la région, dont Hafsa Bisker membre de l’Union générale de étudiants algériens (UGMA) et officier de l’ALN, Louisa Bouziane et d’autres ont marqué leur génération par leur engagement révolutionnaire. Le commandant Si Cherif Kheiredine, responsable des services de santé au maquis, a eu à évoquer les moments de gloire de la médecine de guerre où de véritables miracles chirurgicaux on été réalisés dans les cinq hôpitaux de campagne. Il parlera aussi de ces femmes handicapées à vie des deux mains pour avoir pétri le pain à des compagnies entières. La moyenne journalière de galettes préparées dépassait les 200 unités. Quant au capitaine Tahar Laâdjel, il évoquera le rôle déterminant de la communication au maquis, il parlera du bulletin quotidien et de la revue mensuelle Sada’El Djanoub, éditée en... couleur Il rappellera à l’assistance que ce sont les fortes colonies de M’Doukal et de Bou Saâda, installées à Alger, qui pourvoyaient le maquis en moyens d’impression. La première ronéo a été subtilisée du Palais du gouvernement siège du Gouvernorat général d’Algérie. L’Armée de libération nationale, qui a investi sous sa conduite en juin 1962 la cité, a eu à gérer la transition sociale et économique. Il rappellera à ce titre que la ville a été l’une des rares qui a assuré une année scolaire sans interruption. Après une visite, le lendemain à la zaouïa Rahmania d’El Hamel, les séminaristes se sont donné rendez-vous pour le deuxième colloque qui abordera probablement le mouvement national algérien.

Farouk Zahi
Ballade au cœur de la médina.
                                                              par farouk Zahi


Si vous êtes à Bou-Saâda et que l’envie de la visiter vous prenne, qu’à cela ne tienne ! Partez de l’hôtel « Transat » et dévalez la petite pente qui conduit au M’seyrah   (étymologiquement : esplanade) appelée   à l’époque coloniale, « place   des chameaux ». Le défunt Mohamed Benaissa alias Guizaoui, y tenait commerce avec ses randonnées camelines.
De vieilles touristes suissesses ou autrichiennes, se plaisaient à s’acheter momentanément, une frayeur sur la posture baraquée d’un chameau. La procession quittait les lieux à destination des dunes, au nord-est   de la palmeraie, là où meurt l’oued. Sa résurgence par puisage se fera au Maâdher, fleuron de l’agriculture moderne. On dit que ces espaces renferment, près de 30.000 hectares de surface agricole utile.

Quand à vous, vous emprunterez, la pente dallée de pierre, qui descend vers l’oued. On l’appelle « Araga », son ascension, fait réellement transpirer, pendant la chaude saison. A l’entame de la descente, les senteurs florales vous saisissent, l’odeur rugueuse de la sève du figuier ou l’effluve de la rose sauvage appelée « sueur du prophète ». Les fleurs rouge-oranger du grenadier sont un plaisir pour l’œil, la vigne rampante, gambade de muret   en muret. Une tradition atavique, permet aux mitoyens de jouir des fruits du voisin, quand les branches des arbres enjambent la clôture de l’un ou de l’autre. Le crissement   du grillon, strident et lancinant, vous invite à de nouvelles sonorités. Le croassement guttural de grenouilles, jadis hôtes des lieux, ne vous accompagnera plus. Ces batraciens ont été spoliés de leur eau vive, ils ont cédé la place aux eaux putrides. Le laurier rose,   résiste vaillamment à la décrépitude.

Vous traverserez le gué, le parcours ascendant de la rive droite sur quelques mètres, vous fera découvrir l’ancien atelier d’Etienne Alphonse Dinet. La maisonnette surmontée d’une « kouba » construite en mezzanine, livrait par son balcon, une vue imprenable sur l’oued.
Vous prendrez à votre gauche, une côte parée de part et d’autre, de jardins fleuris. Au milieu du chemin muletier, se trouve le moulin à grain «   des mozabite ». La grande aube à l’extérieur du bâtiment fonctionnait à l’énergie hydraulique, grâce à   la trombe d’eau de la Seguia.
Séguiat-Nakhara, qui longe la rive droite de l’oued duquel, elle est ponctionnée, à hauteur du moulin Serguine et sa sœur jumelle Saguiat-Elkhachba sur la rive gauche,   assurent l’irrigation de toute la palmeraie. Le tour d’eau   de chaque parcelle, était régenté par une organisation coopérative, où la morale et l’équité jouaient un rôle prépondérant dans la distribution. Au niveau du moulin, l’eau qui tombe telle une cataracte, fait tourner l’immense roue pesant plusieurs tonnes. L’axe denté de la roue, faisait mouvoir la meule supérieure qui écrase le grain, sur la meule inférieure. Mulets et baudets faisaient le pied de grue, dans l’attente de la mouture ensachée dans des contenants en jute pour le blé, ou en poil de chèvre pour l’orge.

En continuant la   petite escalade, vous déboucherez sur un belvédère, le cimetière des Ouled Hamida est là. La quiétude et le dénuement des lieux adossés au piémont du Kerdada, participent au repos de l’esprit. Nasredine-Dinet converti à l’Islam y est enterré. Il gît sous une Kouba, appelée tombeau de Dinet. Le ciel pâle azuré est d’une pureté presque transparente. Le fond sonore produit par les jacassantes volées de moineaux et d’étourneaux, crée l’enchantement. Le décor est ainsi planté !  
Dans la direction nord, le panorama qui s’offre à la vue est des plus saisissants. Le regard embrasse un angle de 180° que nul obstacle ne gêne. Les palmiers élancés surplombent les vergers ombragés, qui couvrent les deux rives de l’oued.   Clairsemés de   maisonnettes, les jardins offrent en été, une relative fraîcheur. Au bout du regard, le mont Salat éperonne l’horizon. Le promontoire en forme d’entennoir tronqué, appelé par la colonisation «   billard du colonel Pein » trône au milieu de la steppe. Il porte actuellement le nom de kalat Dhiab (la fortification de Dhiab), personnage épique de la geste hilalienne. Le mont Azzedine en vis à vis, fait une parallèle presque régulière avec le Kerdada. Ils couvent à eux deux, la cité dans un écrin vert et ocre.

Au milieu du tableau, Bordj-Essaâ   (le donjon de l’horloge) appelée anciennement fort-Cavaignac du nom du sinistre général de la colonisation, compère du général Pélissier, initiateur des enfumades des damnés du Dahra. Plus bas se trouvait l’école des sous-officiers spahis (cavalerie) de l’armée française. Nombreux cadres de l’armée de libération nationale (A.L.N.), auraient fréquenté cette institution. A gauche, l’ancien hôpital colonial reconnaissable à ses gros blocs de pierre taillée.

Cet hospice plus exactement, portait le nom du Dr Etienne Sergent, dont les travaux sur le typhus et le scorpionisme, ont fait école.

A l’extrême gauche, la palmeraie déjà dense fait deviner les moulins Ferrero et en contrebas les moulins Serguine et Belamri, tombés en désuétude depuis longtemps.De proche en proche les deux minarets de la mosquée Cheikh   Bachir-El-Ibrahimi, rappellent au visiteur qu’il est en terre d’Islam. La démographie galopante qui a induit une « rurbanisation » effrénée, a fait surgir d’immenses îlots bâtis, épousant les escarpements du terrain. Les nouveaux quartiers s’appellent Koucha, Hai El-Moudjahidine, Maitar et visible au loin, sur la route d’Alger, la nouvelle ville ; hideux conglomérat de cubes, prétendant à la modernité. Au pied du mont Azzedine, se trouve une petite arrête montagneuse qui comportait à son faîte, une table d’orientation.
Cette table circulaire de plus d’un mètre de diamètre, indiquait toutes les directions : de la Mecque à San Francisco et de Stockholm au Cap. Cette arrête a cédé sous les coups de boutoir des brise-roches, elle disparaîtra un jour sous le flot d’une bétonnière ou dans   le ventre d’un concasseur. C’est inéluctable !

Le beau bâtiment blanc aux boiseries vert wagon, noyé dans un jardin luxuriant, n’est autre que l’hôtel « Kerdada » ex. « Transatlantique » ex. « le Petit Sahara » ouvert par les sœurs Baille en 1913. Le regard glissera ensuite sur les terrasses des Ouled Hamida, accroché par le minaret typique octogonal, « défi technologique » de deux artisans maçons natifs du quartier, les défunts Ahmed ben Ameur et Messaoud ben Ziane. En contrebas le quartier des Chorfa et la Kouba de Sidi M’hamed ben Brahim.

Le sanctuaire de l’Emir El-Hachemi se trouve dans une venelle, reliant la petite place du quartier à l’oued.

Au milieu du tableau se dresse le Ksar, constitué de Zoukoum, EL-Argoub, Achacha,Sidi-Harkat vieux sites médiévaux, formant le premier noyau citadin. Vers la droite, Djemâa-Ennakhla, reconnaissable par le palmier qui jaillit à son entrée.   Cette première mosquée est l’œuvre de Sidi-Thameur, saint patron de la ville et co-fondateur de celle-ci avec Sidi-Slimane ben Rabèa, tous deux transfuges andalous après la chute de Grenade lors de   la Reconquista espagnole. Elle aurait été construite   au 16è siècle. L’Hôtel le Caïd et l’Institut des techniques hotellières situés aux Mouamine, parachèvent la vue offerte au visiteur. Au loin et à l’extrême droite, les terres agricoles d’El-Madher s’étendent verdoyantes, contrastées par le sable. La route de Biskra serpente entre les dunes et les vergers de cultures de sol. Les dunes jadis culminantes, solidifiées par ensemencement végétal, sont présentement, définitivement fixées.

Elles constituèrent le décor momentané des films « le marchand d’esclaves » et « 3 pistolets contre César » d’Anthony Dawson patronyme américanisé d’un cinéaste « macaroni »

La poursuite de la ballade, vous fera traverser la Déchra-El-Gueblia, (hameau sud) qui est né probablement, pour les besoins du travail de la terre et la production de lait. Il s’y trouvait, d’importants élevages de bovins. A hauteur du minaret des Ouled-Hamida, une étroite piste muletière dévale à travers les jardins aux clôtures tortueuses et aux portes grossières, faites de poutres de tronc de palmier. A sa mort le palmier fournit le «   Lagmi », jus blanchâtre et sirupeux d’une extrême douceur. Il est tiré du bulbe étêté du palmier. Le tronc servira à confectionner des poutres de bois aux multiples usages.
L’étroit gué fait enjamber l’oued vers la rive gauche, accessible cette fois, par quelques marches. La lourde cascade vaporise les gouttelettes d’eau, qui emplissent l’endroit d’une légère brume. C’est Ain-Bensalem, endroit dont la fraîcheur est recherchée en période de canicule. Protégée des regards par une murette de pierre, on s’y « douche » en été. Les enfants barbotent dans son minuscule bassin. La montée de la côte raide aboutit à Sidi -H’mida.

Cecil B. de Mille,   fait remonter cette côte à Victor Mature dans son premier film biblique « Samson et Dalila » tourné en 1948.

A partir de cet endroit, on aborde la médina. En traversant Haouch-Lihoudi (le mas du juif), lieu colonial de débauche et plus tard de torture, on se dirige directement sur la place des Chorfa. L’unique maison à balcon qui s’y trouve, est celle de El-Aifa, ancienne résidence de l’Emir El-Hachemi et de sa famille.

Le jeune Emir khaled et son frère Mustapha gambadaient dans la place du quartier. L’illustre père, mort en 1906 est enterré à quelques mètres.

A partir de là, on peut regagner le centre de la ville par la rue des forgerons, où l’art de l’artisanat martial était très développé. On y ferrait les chevaux et façonnait les charrues et les faux. Le couteau bou-saâdi est né dans ses forges à soufflet en peau de chèvre. La mosquée des Chorfa fait la jonction avec les Achacha (huttes ?) et El-Argoub (le promontoire ?). La vieille mosquée rappelle étrangement les mosquées Ibadites. Les ruelles étroites permettant à peine le passage de deux personnes, sont cassées par des encoignures et des impasses. Elles ne sont jamais rectilignes, l’objet qu’elles remplissaient participait probablement d’un souci défensif, contre les agressions et les razzias. Beaucoup de quartiers disposaient de portes massives à l’entrée principale, qui étaient closes la nuit tombée.
Longeant la mosquée, une petite rampe descend vers la rue appelée anciennement Rouville. C’était le quartier des ferblantiers et plombiers juifs. Les vestiges de l’ancienne synagogue y sont toujours présents.

En descendant à droite, c’est Bab-Loubib, résidence de vieilles familles autochtones et entrée sud des Mouamine. Le parcours aboutit à la mosquée de Sidi-Thameur ou de Ennakhla, plus vieille construction de la médina. Cet ouvrage séculaire, restauré à plusieurs reprises par la seule volonté des   riverains, risque de disparaître à jamais, si une action salvatrice de grande envergure, ne vient pas le soustraire à l’injure du temps. Accessible par une tonnelle voûtée, faite de matériaux locaux, la salle de prière d’une simplicité ascétique, inspire le recueillement et la sérénité. Son plafond de bois et ses colonnes étonnent par l’équilibre et l’harmonie des formes. Le mortier de chaux et de sable, protège la brique de terre séchée. Ce matériau doux en hiver et frais en été, permettait de lutter contre les hivers rigoureux et les étés torrides. La main de l’homme est visible, à travers le lissage irrégulier des murs ou la grossièreté de la taille du bois. Point de rectitude, tout est fait d’ondulations, une symphonie de formes.

En quittant les lieux, la ruelle se termine par la fontaine éponyme et aboutit à la grande rue des jardins, de récente création. A droite, elle mène vers le « verger du commandant » et au Saf-saf (ex promenade des écoliers) à gauche vers Ennader (la meule de foin). On y trouve un petit cimetière où sont enterrés, les membres de quelques vieilles familles du quartier. En remontant la rue, on y découvrira Ain Mouamine, borne fontaine d’une eau pérenne, qui remonterait à des temps immémoriaux.
A gauche, la rue qui monte se subdivise en deux, telle des ciseaux, la branche supérieure est l’ex.rampe Wagner et à son sommet l’église catholique (Djamaâ El-Marabout). La branche inférieure est la rue où se trouvait, la maison d’Etienne Dinet. Rachetée et restaurée, elle abrite actuellement le Musée national du même nom. Au bout de cette dernière, nous sommes au pied de l’ex. Fort Cavaignac, sa butte inférieure est l’actuel sanctuaire de chouhada qui abrite près de 250 sépultures. La petite ruelle de gauche près de la mosquée vous conduira à Rahbat-Mouamine. Pavée de galets, cette place recevait les grandes cérémonies communautaires. Il s’y trouve le plus vieux bain turc, hammam Boughlam. La coupole de sa chambre chaude serait confectionnée, d’un magma de plâtre et d’œuf dit-on. L’étroite ruelle côté sud, vous fera découvrir la mosquée Ibadite, « cachée » dans une échancrure ; à partir de là c’est Rahbat-El-Bayadh. Petite place où un ou deux cafés maures servaient le café turc ou djezoua. Les clients jadis assis sur des nattes d’alfa, y jouaient au domino en sirotant du café,du thé ou une infusion de gingembre (Har). Le voyageur s’y couchait pour passer la nuit.

Nous sommes maintenant au cœur de la ville, l’ex place du colonel Pein, (encore lui !) est devenue la place des martyrs. On y a exposé en 1957, les corps de 14 combattants de la liberté.

La place ceinte d’arcades est le lieu d’échanges commerciaux et de palabre. Ses échoppes gardent quelque survivance des métiers de savetiers, d’affûteurs, de couturiers et de brodeurs de burnous assis en « tailleur ». Les jours de marché, le médah ou goual s’installait à même le sol pour chanter les odes épiques des Beni-Hillal.

Benamar Bakhti immortalisait cette image, par le rôle que jouait Athmane Ariout dans « le clandestin »

Les sons de la viole ou de la flûte, se sont estompés sous la cacophonie des mégaphones et des chaînes stéréophoniques, de musique de bas étage. Ce lieu historique a constitué la ligne de démarcation entre   l’Orient musulman et   l’Occident chrétien, représentés localement par la médina et le quartier européen.

La première école française a été justement implantée là et ce n’était pas innocent ! Elle portait le nom de Lucien Challon, ancien directeur de la même école. Elle porte présentement le nom du saint patron de la ville. Elle eut un illustre élève en la personne du défunt Mohamed Boudiaf, père historique de la Révolution armée. Elle servit au tournage de « la dernière image » de Med Lakhdar Hamina », autre enfant adoptif de la cité.

Les hôtels d’Orient et de l’Oasis, sur la place, tenus par la juiverie, offraient au prolétariat pied-noir, un lieu   de villégiature ersatz. La rue de la République, ex Gaboriau du nom d’un capitaine de la colonisation appelé de Médéa en renfort pour réduire la résistance, vous permettra une pause, à la Ramlaya. Dans cette place Les marchands de « souvenirs » y foisonnaient. Elle était la halte des autocars en partance ou en provenance de la capitale. On attendait « le journal » au mythique « café d’Alger ».

En 1957, elle fut le théâtre du massacre de cinq (5) détenus, en représailles à une embuscade tendue la veille, par des fidayîn. On y tourna aussi, des séquences de « Silène », de « Septembre noir » et bien d’autres films.

Les hôtels « Beau Séjour » et le «   Sahara » dans le quartier « européen » desservaient probablement une classe moyenne, formée d’instituteurs et de fonctionnaires subalternes. Le Transat et le Caïd plus huppés, satisfaisaient aux desseins de libidineux   roturiers et aux besoins de détente, de vieilles rhumatisantes argentées, sur le retour. Erigés en lieux d’observation d’une étrange « faune » indigène, ces établissements hôteliers, ouvrirent la voie à la dépravation morale et la beuverie collective. Le petit « yaouled » morveux, crépu et cireur occasionnel, jubilant en recevant la pièce, ajoutait un zeste de piquant à la couleur locale. Le tourisme colonial était aux antipodes du tourisme culturel ou de découverte. Le tourisme de type marocain ou thaïlandais, ne sied pas à nos valeurs morales, ni à notre tempérament spécifiquement machiste.

Le syndrome de Khadra, fameux tableau de Dinet, découvert à Paris par les tenants de la culture exotico-pittoresque, n’a été pour la cité du bonheur, qu’une fugace maladie infantile.
                                        Odes tourmentées
                                                      Essai poètique



L’Oasis de Bou-Saada…
            …ou   le   rêve   évanoui…

Des noces   de l’oued, et du ksar il n’est resté qu’une palette barbouillée.
L’eau claire, les jardins, les herbes folles , le jonc, les roses du   laurier ne sont plus que souvenirs, dans la besace de l’oubli.
L’anier, le meunier, le charpentier, le bourrelier,   le bucheron pourchassé par le forestier, ne sont que des images fugitives, d’esprits comme le nôtre, torturé.

Pleure, pleure si tu as des larmes encore,   la palette est très barbouillée                                                                              

Où   sont   ces   matins   d’automne,   annoncés   par les corbeilles   d’alfa   tressé,   de leurs fruits débordants,   le coing confis   et   les dattes   aux   régimes   accrochées ? Même l’olive à la gaule jadis ramassée, n’a plus la saveur du passé. Le grillon maitre des midis torrides, cèdait le champ aux   nocturnes complaintes de la flûte accompagnant la geste. L’été est là, l’ode poètique du conteur faisait le reste. Il s’est tu, réduit au silence……aphone, inéxorable sentence.

La brebis   agnelle, le fromage   fuselé   en   écrin   de   brindilles, crisse sous   la   dent. La volupté transperce les   sens,   l’être   rend   grâce   au créateur, pour tant de délices.
En   hiver près   de l’âtre   rougeoyant,   la   tisseuse   met du cœur à   l’ouvrage. A l’oued   les laveuses de la batte   ont   blanchi   la   toison, la quenouille fil à fil couvrira la saison, de blancs burnous ou de belles floraisons.

S’il te reste des larmes, pleure encore, il y en aura jamais assez, pour
effacer la palette barbouillée.

Les moulins tombés en ruine ont disparu. Le grain ne sera jamais plus moulu, broyons du noir. Notre mémoire sera blanche, immaculée et vierge. Tu n’as plus besoin d’emprunter Araga ou Bensalem   pour aller te rafraichir à l’oued et prendre une gorgée d’eau, distillée par une feuille de figuier.
La vue imprenable à partir du pont te suffira à voir et sentir   les effluves de miasmes odorants, produits de nos défécations incontinentes et huppées. Les eaux noirâtres ne proviennent pas de bidonvilles, mais   de demeures cossues, dont les heureux propriétaires font les prédicateurs, aux brebis égarées.
La palette barbouillée, le restera jusqu’au jour du déluge.
                                                                                              le   21 mars 2005  





La   grande   demeure

Envahie par le silence intérieur, elle   lutte contre l’oubli, contre le temps et contre l’injure, de ceux qu’elle a vu naître.
Spoliée par les mites, l’araignée et la vermine, elle crie à qui puisse l’entendre, la vacuité de son ventre.
Les morts   jadis partis, les autistes toujours ici , ont déjà choisi d’autres demeures et une autre vie.
Sa cour , son escalier du tumulte enfantin, pulsaient à la vie. Le vent de la désolation à présent, y mugit. La   gutturale voix du maître des lieux, calmait affectueusement les esprits.

La canne et le burnous   à une porte accrochés, marquaient sa présence et imposaient le silence
Les rires étouffés de la sieste ou dans le noir de la nuit , sont à jamais effacés. La mémoire vagabonde, commet l’oubli.
Il est vrai que son parquet de vieux carreaux fabriqué, n’a   pas le lustre, des palais.

Une guerba suspendue au piton, outre   d’un autre âge, l’eau dégoulinant de son pelage,   fait présentement   outrage.
La vielle cheminée n’exhale   plus l’odeur de la gomme du maquis ni de suie. Dans sa pénombre   gite   la chauve-souris.
Le ronronnement tranquille de la machine, cousant la crêpe de Chine et le bruit sourd de la pâte, qu’on pétrissait se sont tus.
La kh’lala   intrépide   dans   la main de ta mère, battait fort le tissage pour t’épargner les morsures de l’hiver. Elle n’est plus là, jetée au rebut, tout comme le reste des attributs. Les clameurs de la place   ont couvert sa quiétude. Perdue au milieu   d’une savane de colonnes, elle attend le piton qui la fera choire élevant à la place, une devanture et un présentoir.

Enfants indignes   qu’ avez   vous fait d’elle ?   Au premier venu ,vous   bradez   votre mémoire . Il   supprimera votre trace en élevant d’autres murs sur sa   terrasse.
A vos enfants   elle sera   étrangère, elle le miroir   de leur grand-père.
Elle sera   la   demeure méconnue, d’ une descendance inconnue


                                                                                            le 12/7/2005





…à   ma femme..

L’aurore   éclatante   égrenée de nacre
Le poupre des joues , des lèvres et l’ombrage de l’iris
la nuit des cheveux oniriques pleins de songe,
me chavirent et m’emportent vers les nimbes infinies

Poésie et lyrisme me bercent et m’exaltent
au moment du silence où l’âme en furie se transforme   en volutes, c’est le sacre du bonheur qui me fend, me   pourfend jusqu’aux fibres de l’oubli…..

Evanescent, cratère jaillissant, il exulte,   flambe, se   consume.
C’est à elle que, vont mes pensées, faites de joie de douleur, de bonheur partagé, de disputes orageuses et d’accalmies fugitives. Je me jure d’arrêter cette erreur de jeunesse, ce filtre m’empoisonne….mais je ne peux m’en passer.

Elle me hait parfois, me déteste et m’en veut, pour l’avoir tant aimée et chérie à la fois.
La larme de rosée dégringole, inonde la joue veloutée,le minois rougissant se veut rassurant, cachant mal son chagrin   par le   verbe acéré, faisant croire   que   ce n’est rien.
l’âme en peine……….c’est certain.
                                                                                    le 12 mars 2005

Lamine*
…avait-on si peur de ta plume ?

Les crédules pensaient- ils que ton   trépas   allait
éteindre la   lumière et que ton silence allait tuer la vie ?
Les ténèbres ne sont jamais infinies, hideuses de noir vétues,
à la morgue, dans les fonds abyssaux, maitresses du silence.
La   flamme   même vacillante, de son   halo les fera reculer.
Lamine tu es toujours là , parmi nous le plus courageux ,
tu as préféré l’ autre monde, où le verbe est vérité, où la foi est juste où l’on   s’aime   soi-même pour aimer son prochain et son voisin.
Toi qui n’as jamais hait personne, toi qui souriait aux plus humbles.
Je   t’ai souvent vu pleurer la misère des autres,
pourquoi n’a t-on   pas pleuré   la   tienne ?
Le cri déchirant de cette nuit d’été, entendu à la ronde
n’a   réveillé aucun démon, de ceux qui nous hantent.
Trop lâche cette nuit là, je me trouvais derrière les stores ou ailleurs ……… j’en   ai honte !                                                                 le21/7/2006

*Correspondant de l’ A.P.S assassiné en juillet 1994

….. à mon frère …*
                …….mort au combat

Qu’avais tu   donc à te battre   et pour qui   le faisais-tu ?
Tu n’avais   que   vingt ans, comment tu as pu ?
Ton fils, tu   ne   le   savais pas,   était conçu   orphelin.
Ta mère   aux aguets au pas de la porte,   pressentant ton départ
s’allongeait en travers, pensant t’empêcher de   rejoindre le maquis.
Ta machine emballée   présageait de   la   fugue.
Epuisée par la veille, ta maman s’assoupit, l’adieu   à   ta femme   se fit en silence.
A l’aube   tu bondis, tu quittais la demeure, tu partis   à   jamais ne laissant à ta mère,   qu’un burnous éculé, qu’elle   gardait dans la main   des heures…hébétée.
Tes nouvelles parvenaient et ta montre   aussi, notre   père   fier de toi, se sentait honoré   par le geste   de   ce   fils,   qu’il   a souvent condamné.
La nouvelle   de   ta mort n’était pas   établie, nous avons attendu le retour du héros, ……..jours de liesse, la France est partie.

Ahmed ! tu n’étais pas loin, enterré   sous   l’ olivier avec tes compagnons d’infortune, Amar El-Batni   ton vieux   chef , avait presque   ton âge.
El-Allig ,   je te sublime, mon frère   a payé   de   sa   vie   ta   liberté, tu   es mienne   je   t’admire.
L’imam   du village, dont le fils mort aussi, me   racontait le combat inégal   mené par les jeunes. Cerné   de   toutes   parts, tu t’immolais emportant   avec   toi   des harkis,   sous   le   choc, d’une   grenade   éclatée.
Plaisantin   tu   l’étais, plaisantin   tu   le   restes,   à   jamais   mon   ami.

                                                                                        le 19 mars 2005-    

* mort au combat avec 7 compagnons
  Le 11 /10/1961 à El-Allig(Bou-Saâda)
___________________________________________________________


Les vieux jours

Les   années juvéniles exquises et fugaces
Le ciel   était beau   et les   étoiles   lumineuses
La colline   verdoyante   était là, à portée de l a main
Les senteurs perceptibles par les sens éveillés.
A pleines dents tu croquais au bonheur
Insouciant tu   ne   comptais pas les heures
Butinant, papillonnant de fleur en fleur
La torpeur de   l’été   tempéra   tes   ardeurs.
L’automne jaunissant   flétrit et   s’estompe
Le   vent sussurant des complaintes mugissantes
Le spectre des couleurs blémit et se fige
Les bourgeons   du printemps,   image évanescente
Les heures égrènent   les jours les plus longs
Morose et triste cet hiver où   la vie   se   calfeutre
Et guette le temps des matins sans lumière
Dont l’ouate étouffante vous gave à l’envi
Il est loin ce temps où   l’humeur coloriait  
Le printemps, où   l’oreille   tintait de mille sons
Où   ta jeunesse emjambait les piémonts
Où   tes reins   chevauchait la prouesse
L’astre   décline, la lumière se dérobe, la grisaille
peu   à peu, enveloppe   ton corps   alourdi   par les ans.
Tes sens autrefois aiguisés, s’émoussent et s’en
vont , nostalgiques de   tes fougueux élans

                                                                      le 26 décembre 2005

La solitude

Les lampions   se   sont éteints, les clameurs   ne   sont plus que silence
Les pas pesants   ou   furtifs, les voix, les éclats , vague souvenance
Le carillon   ne   tinte   plus, lui jadis ,   sollicité   avec   insistance
Le calme, telle une brume   épaisse,   engloutit   ta   résidence.

Silencieuses   questions, ressac   ruminant   et   insidieuse   lancinance
vont et viennent, se faufilent, s’insinuent   empoisonnent   l’existence
L’esprit raisonné se   raisonne   et absout   magnanime   l’impénitence.
Ce   ne   sont   que   des   panses   repues   de   festins   et de   pitances.

Les paroles   à   ton   adresse   sublimaient   ta   vertueuse   magnificence,
tu   ne   pouvais   être   que   le   fabuleux   phoénix , des   vers   de   la stance.
La   posture avachie, la langue clapotante, les propos   vides   de   sens
Rustres   gueux, dépenaillés,   à ta table , ils ont appris la prestance,

Préviens   le   mal   de   celui   à   qui   tu   prètes assistance
Le prophète, qui   mieux   que   lui, pouvait   asséner cette   sentence ?
La rapine, la ripaille   et   les rôts   indécents, attributs   de   l’aisance, font oublier que même démuni, le noble, se   distingue de l’   engeance
                                                                                          le 27 mars 2005



Mezghena   la rebelle



Qu’as-tu donc à donner tes enfants en offrande,enfumés   dans les grottes, massacrés au printemps.
Mai sanglant de Setif et   Bouzid de   quinze   ans.N’as –tu donc pas assez
d’être fière et rebelle ?

Tes révoltes bouillonnantes, ont   raison des légions, de César à Néron , augustes, invincibles centurions
De Cirta à Thévest rugit ton lion, Jughurta le Numide,Koceila le félon ,
Tarik le Berbère   envahit l’occident.

Chaque fois que la mer déferle, tu soulèves les vents, tes entrailles se déchirent et appellent les vivants,
immolés dans les plaines, les vaux et les monts de ta chair meurtrie, maculée par le sang .

Barbaresque a - t – on dit, pour mieux te réduire,   ton impétueux   torrent, emporta la voilure, le compas le timon, le vaisseau   mercenaire, le salpêtre du canon.
Charles cinquième du nom, Castillan de Séville, sur ta colline   son soleil à jamais, s’est couché. Mezghana la divine l’a toujours débouté.


L’armada de l’Empire engloutie par la vague, le bruit des canons étouffés par les fonds. Ton grenier convoité, de Bourmont et consorts. Le consul souffleté par ton dey effronté, te plongea dans la nuit enchainée   dans la soute, galérant pour l’impie.
Musulmane   tu   le restes : Saint-Louis s’est soudain souvenu, qu’il   était mort de la peste.


Généraux et soldats, fantassins et hussards s’entrainaient sur ton corps   de douleurs meurtri ; s’essayant à semer dans ton ventre les semences de l’oubli. Soubresauts agités, burnous fugitifs dérisoires cimeterres, ludiques arquebuses et chevaux certes vifs.  
Exilés l’un et l’autre même   ta fille   Fatima, N’soumer la Kabyle n’a cédé à la Gaule, ni les lieux ni les noms : « Thamourt » est ton nom.


De Bourail à Cayenne, de lointains descendants de   bagnards pénitents se réclament de ta chair, non de lien que celui de ton sang.
La Toussaint en novembre revient tous les ans, tes enfants en ont fait la fête des vivants, allumant quelques cierges au début vacillants.


Si Larbi   disait bien :   « jetez la dans la rue…… » sacrifié lui aussi, il avait bien raison. Pendu   en   sa prison, il   n’eut pas d’oraison.
Zabana l’Oranais, le premier de sa tête   a payé : il exhalait ton nom.
Mourad l’Algérois, le Chaoui Mostefa, Hassiba la nubile et Omar le petit, ont péri sous les combles.
.

Le Mekong victorieux charria la vermine, le Massu écrasa, le Challe étouffa, le Jouhaud pillonna , Susuni la gégène.
C’est bien toi, la rebelle, celle qui ne meurt jamais.
Sublimée par Khalifa des Ziban, Belkheir le barde de la steppe, le Homère   du   Mizab et   Baaziz   l’impudent…
Algérie   mon   Amour….Algérie pour toujours.

On a tenté de t’immoler sur l’autel du pêcher, que de hordes barbares n’as tu   pas étrillées.  

                                                                          08/05/2005